Lutte contre la pêche INN au Sénégal : une étude alerte sur les impacts sociaux d’une suspension des exportations vers l’UE

Alors que l’Union européenne (UE) a engagé un dialogue avec le Sénégal sur la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), une étude met en lumière les conséquences potentiellement lourdes d’une suspension des exportations vers le marché européen, liée à l’éventuelle identification du pays comme « non-coopérant dans la lutte contre la pêche INN ».

Derrière les enjeux de gouvernance, ce sont les communautés de pêche artisanale qui risquent de payer le prix le plus élevé.

« « Une suspension des exportations halieutiques sénégalaises vers l’UE frapperait durement la pêche artisanale, pourtant non responsable des manquements dénoncés. Pêcheurs, mareyeurs et femmes transformatrices verraient leurs revenus et leurs conditions de vie fortement menacés, accentuant les risques d’insécurité alimentaire, de chômage et de migration. » »

Depuis mai 2024, l’UE a pré-identifié le Sénégal comme pays non coopérant dans le cadre de la lutte contre la pêche INN. L’étude récemment publié par le Dr. Makhtar Thiam, président de l’Union Patronale des Mareyeurs Exportateurs du Sénégal (UPAMES), analyse les impacts économiques et sociaux qu’aurait une éventuelle évolution vers une identification formelle du Sénégal comme pays non-coopérant dans ce cadre, synonyme d’interdiction d’exporter les produits halieutiques sénégalais vers le marché communautaire européen. Ses conclusions mettent en évidence des risques sociaux et économiques majeurs, en particulier pour la pêche artisanale.

L’étude rappelle que l’UE représente environ 40 % de la valeur des exportations halieutiques du Sénégal. Une part importante de ces produits provient des captures de la pêche artisanale, qui alimente les chaînes de valeur orientées vers l’exportation. Les pêcheurs artisans, les mareyeurs, les femmes transformatrices et de nombreux autres acteurs sont ainsi étroitement liés au marché européen.

Dans ce contexte, une suspension des exportations ne constituerait pas seulement une sanction commerciale. Elle entraînerait des effets en cascade sur l’ensemble de la chaîne de valeur avec des pertes de revenus, des suppressions d’emplois et une détérioration des conditions de vie dans les zones côtières. L’étude rappelle que la pêche constitue une activité économique essentielle pour des centaines de milliers de personnes et souligne les risques accrus d’insécurité alimentaire et de migration.

Un point central du rapport est que les acteurs de la pêche artisanale ne sont pas à l’origine des insuffisances ayant conduit au premier avertissement de l’UE. Pourtant, les hommes et les femmes du secteur seraient parmi les premiers à subir les conséquences d’une éventuelle sanction commerciale. Ce décalage entre responsabilité et impacts pose la question de l’équité des mesures envisagées.

Suite à la publication de cette étude, dans une lettre adressée à la Commission européenne, CAPE rappelle son soutien aux efforts de lutte contre la pêche INN et à l’amélioration de la gouvernance des pêches. L’approche adoptée par l’UE doit être à la fois efficace et socialement juste. La phase actuelle de dialogue entre l’UE et le Sénégal constitue une opportunité pour accompagner les réformes en cours, notamment à travers une implication accrue des organisations de la filière de la pêche artisanale, un appui technique renforcé et l’amélioration des systèmes de traçabilité.

La lettre souligne qu’il est essentiel que l’UE garantisse la cohérence entre ses objectifs de lutte contre la pêche INN et ses engagements en matière de développement durable. À cet égard, il apparaît crucial que les prochaines étapes du processus tiennent pleinement compte des impacts sociaux et économiques sur les communautés de pêche artisanale, et les implique dans la recherche de solutions.



Photo de l’entête : sur le site de débarquement de Kafountine, au Sénégal, des porteurs vont chercher le poisson jusqu’à la pirogue, par Mediaprod.