Le 9 octobre, l’Union européenne (UE) et le Cap-Vert ont tenu leur 14e dialogue politique de haut niveau, un forum dans le cadre duquel les deux parties échangent depuis 2007 sur leur partenariat spécial, qui soutient les objectifs de développement à long terme du pays tels que définis dans le document « Cap-Vert – Ambition 2030 ».
Lors de cette réunion, les deux parties ont réaffirmé que le protocole 2024-2029 de l’accord de partenariat dans le domaine de la pêche durable (APPD) constituait « le cadre essentiel de leur coopération dans le domaine de la pêche ». Mais ce partenariat répond-il aux préoccupations des communautés de pêche artisanale du Cap-Vert ?
En juillet 2026, un atelier organisé à Boa Vista, au Cap-Vert, par Fauna & Flora et ses organisations partenaires, a réuni des organisations de pêche artisanale locales, la société civile et les pouvoirs publics afin d’examiner les accords de pêche avec des pays étrangers.
Les avis sur ces accords étaient partagés. Certains représentants des communautés de pêche artisanale ont remis en question leurs avantages, tandis que d’autres ont estimé que ces accords pouvaient contribuer au développement national, à condition que l’utilisation des ressources financières soit plus transparente et que les communautés participent davantage au suivi de leur mise en œuvre.
À qui profite l’APPD ?
L’intervenante principale, Mme Zuleika Lopes, présidente du Réseau capverdien des organisations professionnelles de pêche artisanale (ROPA), est intervenue au nom de la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA). Elle a présenté les principales dispositions de l’APPD entre l’UE et le Cap-Vert et leurs implications pour les communautés de pêche artisanale. Elle a notamment expliqué que, puisque l’APPD porte principalement sur des espèces de thonidés grands migrateurs gérées au niveau régional par la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA), les principaux enjeux pour ces communautés concernent moins la concurrence directe pour les ressources halieutiques côtières que les retombées économiques de la pêche thonière étrangère, à sa gouvernance et à sa transparence.
Le protocole en vigueur prévoit une contribution annuelle de l’UE de 780.000 euros, dont 350.000 euros pour l’accès aux possibilités de pêche et 430.000 euros destinés à l’appui sectoriel. Les armateurs de l’UE s’acquittent également de redevances de pêche. L’appui sectoriel vise notamment à renforcer la surveillance des pêches, la recherche scientifique, les contrôles sanitaires et le développement des communautés côtières, y compris au moyen de mesures en faveur des femmes et des jeunes.
Les participants à l’atelier se sont demandés si la contribution financière versée par l’UE reflétait suffisamment la valeur des ressources thonières capturées dans les eaux du capverdiennes. Les discussions ont mis en évidence la nécessité de mieux comprendre les liens entre les décisions de la CICTA relatives à la répartition des ressources thonières, le tonnage de référence prévu par l’APPD et les paiements effectués dans le cadre des accords de pêche.
Au-delà de l'accès aux ressources thonières et de l'accès préférentiel aux marchés d'exportation, le partenariat entre l'UE et le Cap-Vert doit répondre aux besoins et aux aspirations en matière de développement des communautées de pêche artisanale du Cap-Vert. Photo : un pêcheur prépare des appâts pour la pêche à la ligne au large de la plage de San Pedro, au Cap-Vert, par la FAO/Luis Costa.
Les représentants des institutions publiques ont reconnu qu’il était difficile de démontrer les résultats obtenus grâce à l’appui sectoriel. Selon eux, une meilleure documentation et une meilleure évaluation des investissements pourraient également renforcer la position du Cap-Vert lors de futures négociations. L’évaluation du précédent protocole de l’accord d’APPD entre l’UE et le Cap-Vert, commandée par la Commission européenne, avait identifié des difficultés dans la mise en œuvre de l’appui sectoriel, ainsi que des préoccupations quant à la visibilité de ses retombées auprès des parties prenantes.
Dans ce contexte, Mme Lopes a appelé à une information plus claire sur les projets financés par l’appui sectoriel, leurs budgets, leurs bénéficiaires et leurs résultats. Elle a également insisté sur la nécessité d’associer les communautés de pêche artisanale et les femmes du secteur de la pêche à la définition des priorités et à l’évaluation des résultats, plutôt que de les considérer uniquement comme des bénéficiaires.
Transparence et participation : les communautés de pêche attendent des réponses
Mme Lopes a également souligné que la gouvernance des pêches ne se limite pas à l’accord conclu avec l’UE. D’autres accords officiels concernent des navires sénégalais et japonais, tandis que d’autres navires étrangers, notamment du Panama, du Salvador et du Maroc, opèrent également avec des licences privées dans les eaux du Cap-Vert. La participation du Cap-Vert à l’Initiative pour la transparence des pêches (FiTI) a indéniablement amélioré l’accès du public aux informations sur les accords de pêche, les flottes et les captures, mais les participants ont souligné les lacunes persistantes concernant certaines flottes étrangères ; notamment japonaise, pour lesquelles les informations disponibles sont moins détaillées que celles relatives à la flotte de l’UE.
Au nom de la CAOPA, Mme Lopes a appelé à une plus grande transparence l’ensemble des accords de pêche conclu avec des flottes étrangères, notamment en matière d’autorisations de pêche, de captures, de paiements et de bénéficiaires effectifs des entreprises concernées. Elle a également souligné l’importance de surveiller les incidences environnementales de ces activités, notamment les prises accessoires de requins et d’autres espèces sensibles, et d’impliquer les organisations de pêche artisanale dans la mise en œuvre et le suivi des accords. Selon elle, les accords de pêche concernant des flottes étrangères ne devraient pas se limiter à autoriser l’accès aux ressources halieutiques ; ils devraient devenir de véritables partenariats en faveur d’une gestion durable des pêches, fondés sur la transparence, la participation et la responsabilité.
Les préférences commerciales soutiennent les exportations, mais le secteur de la pêche artisanale local ne peut s’en contenter
Le dialogue politique de haut niveau qui s’est tenu le 9 octobre à Bruxelles a également mis en évidence une autre dimension importante des relations entre l’UE et le Cap-Vert dans le domaine de la pêche : l’accès préférentiel des produits de la pêche capverdiens au marché de l’UE. Le Cap-Vert a exprimé le souhait de continuer à bénéficier des préférences commerciales accordées par l’UE dans le cadre du régime SPG+. Les deux partenaires ont également pris note de la dérogation temporaire aux règles d’origine adoptée en mars 2026, permettant à certains produits transformés à base de thon et de maquereau « non originaires » de bénéficier d’un accès préférentiel au marché de l’UE.
Le poisson est considéré comme originaire du Cap-Vert s’il est capturé dans les eaux territoriales du pays (12 milles), quelle que soit la nationalité du navire. Au-delà de ces eaux, y compris dans sa zone économique exclusive plus étendue, le navire doit respecter les règles d’enregistrement, de pavillon et de propriété en vigueur au Cap-Vert. Le poisson capturé par des navires de l’UE peut également être utilisé dans des produits transformés au Cap-Vert afin de bénéficier d’un accès préférentiel au marché de l’UE, car il est considéré comme du poisson « d’origine ».
Si ces accords commerciaux peuvent soutenir l’industrie de transformation du poisson du Cap-Vert, orientée vers l’exportation, et générer des emplois dans cette même industrie, ils ne créent toutefois pas beaucoup de nouvelles opportunités pour les pêcheurs artisans locaux et les transformatrices de poisson. En particulier, le fait d’autoriser les usines de transformation à traiter du poisson importé destiné à l’exportation vers le marché de l’UE n’encourage pas, en soi, le renforcement des liens avec les pêcheries locales, ni la création de valeur ajoutée au sein des communautés de pêche artisanale.
Ces préoccupations font échos à la question soulevée par les acteurs du secteur à Boa Vista en juillet 2026 : qui bénéficie de la coopération dans le domaine de la pêche ? Au cours de l’atelier, les participants ont souligné l’importance de renforcer les chaînes de valeur de la pêche artisanale locale en investissant dans de meilleures infrastructures de débarquement, des capacités de stockage frigorifique, des équipements de transformation, la formation et l’accès aux marchés. Ils ont également insisté sur l’importance de renforcer les organisations professionnelles et de donner aux communautés de pêche artisanale une place plus importante dans la gestion des ressources.
Les échanges de Boa Vista éclairent ainsi les engagements réaffirmés par le Cap-Vert et l’UE à Bruxelles. Au-delà de l’accès aux ressources thonières et de l’accès préférentiel aux marchés d’exportation, le partenariat entre les deux parties doit également répondre aux besoins et aux aspirations des communautés de pêche artisanale capverdiennes en matière de développement.
Photo de l’entête : Des pêcheurs artisans rentrent à la plage de San Pedro, au Cap-Vert, après une nuit de travail en mer, photo FAO/Luis Costa.


Le dialogue politique de haut niveau entre l’UE et le Cap-Vert a réaffirmé que l’Accord de partenariat pour une pêche durable constituait le « cadre essentiel de leur coopération en matière de pêche ». Cependant, un atelier organisé à Boa Vista, qui a réuni des organisations de pêche, la société civile et les pouvoirs publics, a montré que ce partenariat ne répondait pas encore aux préoccupations des pêcheurs artisans de ce pays tiers.