Vieux fantasmes : la Convention citoyenne pour le climat propose de remplacer la pêche par l'aquaculture

Leur rapport, présenté fin juin, souligne que la pêche est responsable d'une proportion importante des "des émissions de l’élevage et de l’agriculture", mais omet de reconnaître que d'autres industries basées sur les océans sont plus polluantes


La Convention Citoyenne pour le Climat (CCC), composée de 150 femmes et hommes choisis au hasard pour représenter la société française, a travaillé pendant neuf mois sur un rapport contenant des recommandations pour une "transition" verte. Un premier échange avec le président français Emmanuel Macron a eu lieu en janvier. Fin juin, les membres ont publié leur rapport final et ont été reçus quelques jours plus tard à l'Elysée où le président Macron a annoncé en grande pompe qu'il acceptait 146 des 149 propositions faites par la Convention, y compris celles concernant la pêche. Il a également promis de faire tout son possible pour "poursuivre le combat" au niveau européen sur les questions environnementales clés, en mentionnant les émissions de carbone et les politiques agricoles.

Dans le rapport, sur le thème ‘se nourrir’ (objectif 3), les membres du CCC identifient la pêche comme responsable de "4% des émissions de l'élevage et de l'agriculture" et proposent cinq recommandations pour "encourager le développement d'une pêche à faible émission". Ces propositions indiquent que la pêche est la principale source de perturbation des écosystèmes marins, en omettant d'autres sources telles que les bateaux de plaisance, la pollution terrestre, ainsi que les principales industries "perturbant les écosystèmes marins" telles que l'exploitation minière en haute mer, et mettent l'accent sur l'aquaculture comme solution pour "éviter de capturer des poissons dans leur milieu naturel".

Le président Macron a accepté 146 des 149 propositions faites par le CCC et s'est engagé à poursuivre la lutte au niveau de l'UE. Photo : elysée.fr.

Le président Macron a accepté 146 des 149 propositions faites par le CCC et s'est engagé à poursuivre la lutte au niveau de l'UE. Photo : elysée.fr.

Le Collectif Pêche & Développement a publié un communiqué le 3 juillet 2020 soulignant certaines des lacunes du rapport du CCC et rappelant que "la pêche fournit des protéines de qualité à un coût environnemental bien inférieur à celui de l'agriculture" et que l'aquaculture ne peut se substituer à la pêche, qualifiant cette idée de "vieux fantasme".

De telles déclarations, comme celles du rapport du CCC, ne tiennent pas compte du fait que, si une aquaculture intégrée devait remplacer la pêche, étant donné les quantités actuelles de poisson consommées en France, la France serait contrainte d'importer de grandes quantités de poisson d'élevage, la plupart nourris avec de la farine de poisson fabriquée avec des poissons pêchés dans leur environnement naturel. Plusieurs rapports d'ONG ont montré comment les chaînes d'approvisionnement mondiales de l'aquaculture conduisent à la destruction des stocks de poissons sauvages, privant souvent de nourriture les populations des pays en développement.

Ce “vieux fantasme” et la vision très négative de la pêche sont cependant encore très répandus, aussi dans la stratégie sur les océans mise en avant par l'Union européenne. En novembre 2019, CAPE, Pêche & Développement et 14 autres organisations environnementales, de développement et de pêche ont déjà souligné la marginalisation systématique de la pêche dans la stratégie de la Commission européenne, ‘Une économie bleue pour lutter contre le changement climatique’, dans une déclaration commune envoyée au commissaire à l'environnement et aux océans, Virginijus Sinkevičius. Pour ces organisations, "la politique de la pêche devrait être au cœur de l'action en faveur du climat : la fin de la surpêche, associée à un passage à une pêche à faible impact, renforcera la résilience des océans au changement climatique", tandis que "la promotion des industries océaniques qui sont en concurrence avec la pêche, telles que l'exploitation minière en haute mer et l'aquaculture intensive, devrait contribuer davantage à la crise climatique et à la destruction de l'environnement côtier".

Même si nous avons reçu une réponse du directeur par intérim de la DG MARE, en janvier 2020, nous rassurant sur la conscience de l'UE de "l'importance de la pêche à petite échelle", cette opinion négative prédominante sur la pêche a également été reflétée dans la stratégie de l'UE pour la biodiversité (mai 2020). Cette stratégie a repris bon nombre des exigences du Blue Manifesto, que CAPE et ses partenaires ont signé en février 2020, notamment une proposition visant à limiter les engins de pêche nuisibles et à passer à une pêche plus durable et à faible impact. Néanmoins, le document présente toujours la pêche de manière négative tout en minimisant les impacts négatifs des autres secteurs considérés comme les moteurs de l'économie bleue.

Lors d'une commission extraordinaire de la pêche au Parlement européen, à l'occasion de la Journée mondiale des océans (juin 2020), plusieurs députés européens ont critiqué la stratégie, qui cite la pêche comme "l'activité la plus dommageable des fonds marins", excluant d'autres secteurs qui ont également un impact sur les zones marines. Mme O'Sullivan, coordinatrice des Verts/ALE, s'est plainte du fait que si les agriculteurs sont décrits comme les "gardiens de la terre", il n'en va pas de même pour les pêcheurs. Elle a appelé le commissaire pour l'environnement et les océans à changer de discours car "les petits pêcheurs sont aussi les gardiens de nos mers".

Photo de l’entête: Convention citoyenne pour le climat.