L'UE débat actuellement de sa politique de la pêche – l'Afrique devrait y prêter attention

Dans cet article, l’autrice examine les débats suscités par l’évaluation 2026 de la politique commune de la pêche (PCP). Elle met en lumière l’opposition entre les acteurs du secteur, favorables à une réforme ciblée et à une simplification des règles, et les ONG, qui défendent une application stricte du cadre existant. Elle souligne également les conséquences potentielles de ces débats pour les eaux africaines, notamment en ce qui concerne les APPD, la pression de pêche, la sécurité alimentaire et la place des communautés de pêche artisanale dans les futurs partenariats halieutiques avec l’Union européenne.

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L’évaluation de la politique commune de la pêche (PCP), publiée par la Commission européenne fin avril 2026, délivre un message volontairement équilibré : si des avancées ont été enregistrées en matière de réduction de la surpêche, d’amélioration de la gouvernance, de consolidation des avis scientifiques et de clarification du rôle international de l’UE, la mise en œuvre demeure lente, inégale et fragile.

L’évaluation met en évidence la vulnérabilité économique des flottes européennes, les disparités entre États membres dans l’application des règles, le faible niveau de conformité ainsi que les pressions croissantes exercées sur le secteur par le changement climatique, la hausse des coûts du carburant, la concurrence pour l’espace maritime et l’instabilité géopolitique.

Les réactions suscitées jusqu’à présent par l’orientation de cette évaluation – et notamment par la question d’une éventuelle révision de la PCP – sont, sans surprise, diamétralement opposées. Pour l’organisation professionnelle Europêche, l’évaluation confirme que la PCP n’est pas parvenue à garantir la viabilité économique et sociale du secteur. L’organisation plaide dès lors pour une réforme ciblée au moyen d’un « paquet omnibus » combinant des modifications de plusieurs textes connexes, notamment certaines dispositions de la PCP elle-même, les règles de contrôle des pêches, les instruments de financement et les plans de gestion régionaux.

Les ONG environnementales, parmi lesquelles Oceana, ClientEarth, Seas At Risk, et WWF, tirent au contraire une conclusion opposée. Selon elles, l’évaluation montre avant tout que la PCP doit enfin être pleinement appliquée. Elles soulignent en particulier que les outils existants – comme l’article 17 de la PCP, qui encourage les États membres à recourir à des critères sociaux et environnementaux transparents pour l’attribution de l’accès aux ressources – restent largement sous-utilisés. Les ONG mettent également en garde contre le risque qu’une réouverture, même limitée, dans le cadre d’un paquet omnibus, n’alimente des pressions politiques visant à affaiblir les engagements fondamentaux de durabilité inscrits dans la PCP.

Même si l’UE ne décide pas officiellement de rouvrir la dimension extérieure de la PCP, les réformes envisagées pour soutenir les flottes européennes pourraient néanmoins redéfinir les conditions d’opération des navires de l’UE dans les eaux africaines ainsi que les modalités de négociation des futurs accords de pêche.

Lors d’une réunion informelle organisée à Chypre, les ministres européens de la pêche ont estimé que la PCP restait globalement pertinente, tout en reconnaissant que plusieurs objectifs – notamment ceux liés à la performance économique et au soutien des communautés côtières – n’avaient pas été pleinement atteints. Les États disposant d’un secteur de la pêche important, en particulier l’Espagne et la Pologne, ont plaidé pour une actualisation de la PCP afin de mieux répondre aux pressions économiques, environnementales et géopolitiques actuelles. Tous deux ont insisté sur la compétitivité, la sécurité alimentaire, le soutien aux communautés côtières et la nécessité d’alléger les charges administratives, tandis que l’Espagne a également appelé à un renforcement du financement européen destiné à la modernisation et à la décarbonation de la flotte.

En résumé, le secteur de la pêche et plusieurs ministres défendent un discours axé sur la réforme ciblée, l’adaptation et la simplification, tandis que les ONG privilégient une approche centrée sur l’application effective des règles existantes et sur la nécessité d’éviter toute réouverture de la « boîte de Pandore » des engagements fondamentaux en matière de durabilité.

Le prochain grand rendez-vous politique se tiendra lors du Conseil « Pêche » de juin, au cours duquel les ministres devraient définir des orientations stratégiques pour l’avenir de la PCP. Ce débat alimentera également la future « Vision 2040 pour la pêche et l’aquaculture » préparée par la Commission européenne et attendue plus tard dans l’année.

1. Quatre débats sur la PCP susceptibles d’avoir des répercussions dans les eaux africaines

Pour les pays africains partenaires de l’UE ainsi que pour leurs secteurs de la pêche artisanale, les implications de ces débats dépassent largement la seule question d’une éventuelle réouverture officielle du volet de la PCP consacré aux activités de pêche en dehors des eaux européennes. L’enjeu est plus large : des réformes conçues avant tout pour les eaux européennes pourraient-elles également modifier les conditions dans lesquelles les navires de l’UE opèrent dans les eaux africaines, ainsi que la manière dont les futurs accords de pêche sont négociés et mis en œuvre ?

Dans le cadre de la PCP, la politique de l’UE en matière de pêche externe est en principe fondée sur les mêmes grands objectifs que ceux applicables dans les eaux de l’UE : exploitation durable des ressources, gestion appuyée sur les avis scientifiques et lutte contre la pêche illégale. Dès lors, même des ajustements limités des règles internes de la PCP pourraient avoir des répercussions importantes sur les relations en matière de pêche entre l’UE et les pays africains partenaires.

A. MODERNISATION DE LA FLOTTE ET PRESSION DE PÊCHE

L’un des domaines susceptibles de faire l’objet d’une révision concerne les règles de la PCP relatives à la capacité des flottes. Celles-ci visent à éviter que les flottes européennes ne deviennent excessivement grandes ou puissantes en plafonnant la capacité globale des navires, mesurée – de manière certes imparfaite – principalement à partir du tonnage et de la puissance motrice, afin de prévenir la surpêche. Les représentants de l’industrie soutiennent toutefois que les limites actuelles devraient être assouplies afin de permettre aux nouveaux navires d’augmenter leur capacité « hors pêche », notamment pour améliorer la sécurité et les conditions de travail à bord, mais aussi pour faciliter l’intégration de technologies liées à la transition énergétique et aux énergies renouvelables.

La question est de savoir si une telle évolution risquerait également d’accroître, de manière indirecte, l’efficacité de pêche des navires concernés. Des navires plus modernes peuvent en effet consommer moins de carburant tout en bénéficiant d’une capacité de stockage accrue, de systèmes de congélation plus performants et d’une autonomie plus importante en mer. Dès lors, même sans augmentation formelle de la capacité de pêche au sens réglementaire, une « modernisation verte » pourrait se traduire par une intensification de la pression exercée par les flottes européennes de pêche lointaine dans les eaux africaines.

B. OBLIGATION DE DÉBARQUEMENT ET NORMES DE DURABILITÉ

Une autre question particulièrement sensible concerne l’» obligation de débarquement » prévue par l’article 15 de la PCP, introduite afin de réduire la pratique des rejets en mer de captures indésirables. Cette règle impose aux navires de débarquer l’ensemble de leurs captures plutôt que de rejeter certaines espèces en mer. L’évaluation de la PCP conclut toutefois que cette mesure n’a pas produit les résultats attendus, principalement en raison d’une mise en œuvre incomplète et d’un niveau de conformité insuffisant. Dans ce contexte, certains acteurs plaident désormais pour une simplification, voire un assouplissement, du dispositif.

Ce débat pourrait également avoir des implications pour la politique extérieure de la pêche de l’UE. D’une part, un affaiblissement des règles communautaires relatives aux rejets, à la sélectivité des engins ou à la documentation des captures risquerait de fragiliser la capacité de l’UE à défendre des normes élevées de durabilité dans les enceintes internationales ainsi que dans ses accords de pêche avec les pays tiers.

D’autre part, si l’UE choisissait au contraire de renforcer les exigences en matière de contrôle, de déclaration des captures et de sélectivité, cette orientation pourrait se traduire par l’introduction de dispositions plus strictes dans les accords de partenariat pour une pêche durable (APPD), notamment en ce qui concerne la réduction des prises accessoires, la collecte de données scientifiques et les obligations de transparence.

C. QUI A ACCÈS AU POISSON ?

L’amélioration de la sélectivité, de la durabilité et de la transparence dans l’attribution des possibilités de pêche constituait précisément l’un des objectifs de l’article 17 de la PCP. Celui-ci encourage les États membres à répartir les possibilités de pêche en s’appuyant sur des critères environnementaux, sociaux et économiques, plutôt qu’exclusivement sur les historiques de captures.

Dans les faits, cet article est toutefois resté largement sous-utilisé, malgré les appels répétés des pêcheurs artisans européens et des ONG environnementales. Reconnaissant cette situation, la Commission européenne a publié, fin 2025, des lignes directrices invitant les États membres à intégrer davantage de critères de durabilité dans l’attribution des droits d’accès.

Si l’article 17 devait devenir plus contraignant, ou si les États membres en appliquaient les principes de manière plus rigoureuse, les conséquences pourraient dépasser le seul cadre des eaux européennes. Cela pourrait notamment modifier les critères déterminant quels opérateurs peuvent bénéficier des possibilités de pêche dans le cadre des APPD. La question ne porterait alors plus uniquement sur les États membres autorisés à accéder aux ressources, mais également sur les types d’entreprises devant être prioritaires : celles qui pratiquent une pêche plus sélective, respectent les normes sociales et du travail, contribuent davantage aux économies locales et limitent les impacts sur la pêche artisanale ainsi que sur la sécurité alimentaire.

Une telle évolution pourrait également influencer la position de l’UE dans les négociations menées au sein des organisations régionales de gestion des pêches (ORGP), en particulier dans les organisations thonières où les débats sur la répartition des possibilités de pêche prennent une importance croissante. Plusieurs organisations et États défendent depuis longtemps l’idée que les systèmes de répartition ne devraient pas reposer uniquement sur l’historique des captures, mais aussi prendre en compte des critères liés à la sécurité alimentaire, au développement ainsi qu’aux performances environnementales et sociales.

D. SÉCURITÉ ALIMENTAIRE, AUTONOMIE STRATÉGIQUE ET ACCÈS AUX RESSOURCES

Un dernier débat à suivre concerne la place croissante accordée, dans les discussions européennes sur la pêche, à des notions telles que la « sécurité alimentaire », l’» autonomie stratégique » ou encore la « résilience ».

Si ces concepts venaient à être davantage intégrés dans l’évolution future de la PCP, ils pourraient influencer de manière significative la politique extérieure de l’UE en matière de pêche. Une telle orientation pourrait notamment renforcer les pressions visant à sécuriser l’accès aux ressources halieutiques situées en dehors des eaux européennes afin de garantir l’approvisionnement des marchés de l’UE. Certaines parties prenantes africaines pourraient percevoir cette évolution comme problématique si elle contribue à consolider un modèle dans lequel les eaux africaines participent avant tout à la sécurité d’approvisionnement européenne, tandis que les secteurs de la pêche artisanale  et de la transformation locaux et les consommateurs africains font face à un accès de plus en plus limité aux ressources halieutiques.

Une autre lecture demeure toutefois possible. Accorder une place plus importante à la sécurité alimentaire pourrait également conduire l’UE à reconnaître plus explicitement les besoins alimentaires des pays partenaires eux-mêmes. Cela impliquerait notamment de prendre davantage en considération le rôle essentiel des espèces de petits pélagiques dans l’alimentation locale, l’importance économique des femmes actives dans la transformation du poisson, ainsi que le développement des marchés régionaux et du commerce intra-africain.

2. Les voix africaines commencent à se faire entendre dans le débat sur la PCP

Les parties prenantes africaines elles-mêmes – dont les priorités ne coïncident pas toujours avec les débats internes de l’UE sur la mise en œuvre de la PCP ou sur l’opportunité de sa réforme – font entendre de plus en plus clairement leur vision de ce que devrait être la future politique commune de la pêche, en particulier dans sa dimension extérieure et dans la gestion des partenariats de pêche.

Les échanges tenus lors d’une conférence conjointe organisée par le LDAC et le CESE sur l’avenir des APPD ont montré qu’un large soutien subsistait, parmi les acteurs africains, en faveur du maintien de ces accords, mais sous réserve d’importantes évolutions politiques et opérationnelles.

Taoufik El Ktiri, secrétaire général de la COMHAFAT, a souligné que la crédibilité future des APPD dépendrait d’évaluations scientifiques plus rigoureuses des stocks halieutiques, en particulier pour les espèces pélagiques et démersales. Il a également plaidé pour des partenariats plus équilibrés, fondés sur le dialogue, la confiance et le respect de la souveraineté des États côtiers. Dans cette perspective, il a insisté sur la nécessité de renforcer les capacités scientifiques et techniques des pays africains dans le cadre des futurs accords.

« L’appui sectoriel des APPD devrait prioritairement financer des investissements concrets au profit des communautés de pêche artisanale, notamment les infrastructures pour le débarquement, la chaîne du froid, des unités locales de transformation et des dispositifs de sécurité en mer. » »
— Gaoussou Gueye, président de la plateforme panafricaine des acteurs non étatiques de la pêche et de l’aquaculture

Les intervenants africains ont également associé l’avenir des APPD à des préoccupations plus larges liées à la sécurité alimentaire et au développement des marchés régionaux. Le Dr Hamady Diop a notamment rappelé que les produits de la pêche étaient désormais considérés par l’Union africaine comme des ressources stratégiques. Il s’est interrogé sur la capacité des États africains à continuer de privilégier durablement l’approvisionnement des marchés extérieurs – y compris via les APPD – si la croissance de la demande régionale et le développement du commerce intra-africain offrent des perspectives économiques suffisantes.

De son côté, Gaoussou Gueye, président d’Afrifish-net (la plateforme panafricaine des acteurs non étatiques de la pêche et de l’aquaculture) a appelé à la création de valeur locale plus importante ainsi qu’à des bénéfices plus tangibles pour les communautés côtières. Selon lui, l’appui sectoriel des APPD devrait prioritairement financer des investissements concrets au profit des communautés de pêche artisanale, notamment les infrastructures pour le débarquement, la chaîne du froid, des unités locales de transformation et des dispositifs de sécurité en mer. Plusieurs participants ont également mis en avant le manque de visibilité des contributions financières européennes au niveau local, en particulier lorsqu’elles sont comparées aux investissements réalisés par d’autres partenaires, comme la Chine, souvent perçue comme investissant plus directement dans les infrastructures.

La question de la transparence est également revenue de manière récurrente dans les discussions. Les participants africains comme européens ont exprimé des préoccupations croissantes concernant les pratiques de changement de pavillon et le manque de transparence sur les véritables propriétaires des navires opérant sous pavillon de pays tiers. Plusieurs intervenants ont estimé que ces pratiques alimentaient une perception de « deux poids, deux mesures » entre les navires battant pavillon européen et les navires d’origine européenne ayant changé de pavillon, ce qui affaiblit la crédibilité de la politique extérieure de l’UE en matière de pêche. Des appels ont ainsi été lancés en faveur de règles européennes plus strictes concernant la transparence des bénéficiaires effectifs des navires.

Dans l’ensemble, la majorité des parties prenantes africaines ont plaidé pour un modèle d’APPD plus inclusif et davantage orienté vers le développement : un partenariat soutenant la mise en œuvre des engagements internationaux des pays partenaires, favorisant une participation accrue des acteurs locaux, générant des bénéfices socio-économiques plus visibles, renforçant la transparence et assurant une meilleure cohérence entre l’accès aux ressources halieutiques, la sécurité alimentaire et le développement économique local.

Dans ce contexte, la question centrale n’est donc pas uniquement de savoir si la PCP doit être réformée, mais plutôt quel type de partenariat halieutique l’UE entend promouvoir dans un environnement marqué par la concurrence géopolitique croissante, les préoccupations liées à la sécurité alimentaire et la pression grandissante exercée sur les ressources marines.

3. Stratégie pour l'action extérieure de l'UE en matière de pêche – une communication technique  aux effets potentiellement majeurs

Ces débats pourraient fortement influencer la future stratégie de la Commission européenne sur l’action extérieure de l’UE en matière de pêche, attendue à l’automne 2026. Annoncée dans le cadre du Pacte européen pour les océans, cette stratégie devrait définir les orientations futures des APPD et pourrait, à terme, modifier sensiblement la manière dont l’UE conçoit et met en œuvre ses responsabilités en matière de pêche extérieure.

Une telle stratégie pourrait notamment introduire des garanties plus explicites en faveur de la protection des communautés de pêcheurs africaines et des écosystèmes dont elles dépendent. Elle pourrait préciser que la modernisation des flottes européennes ne doit pas conduire à une augmentation de la pression exercée sur les ressources halieutiques des pays partenaires. Elle pourrait également exiger des évaluations plus transparentes de l’effort de pêche total exercé par l’ensemble des flottes étrangères opérant dans les eaux des pays partenaires, et non uniquement par les navires européens. Enfin, elle pourrait accorder une place plus centrale à la sécurité alimentaire, à la création de valeur ajoutée locale et au soutien à la pêche artisanale.

La future stratégie pourrait redéfinir la manière dont l’UE interprète ses responsabilités en matière de pêche extérieure, sans pour autant entraîner une révision formelle de la législation en vigueur. Ainsi, elle devrait notamment prévoir préciser que l’appui sectoriel prévu par les APPD doit avant tout soutenir une gouvernance durable de la pêche et le développement local, plutôt que servir principalement à compenser l’accès aux zones de pêche. Photo : Une femme décharge du poisson au port artisanal de Joal, au Sénégal, par Mediaprod.

La stratégie pourrait aussi renforcer la participation des pêcheurs artisans, des transformatrices de poisson et des communautés côtières à la conception, au suivi et à l’évaluation des partenariats halieutiques avec les pays tiers. S’agissant des APPD, elle pourrait préciser que l’appui sectoriel ne devrait pas être conçu principalement comme une contrepartie de l’accès aux ressources, mais comme un instrument destiné à soutenir la gouvernance durable des pêches, le développement économique local, l’adaptation au changement climatique, le renforcement des capacités scientifiques ainsi que les systèmes de contrôle et de surveillance.

4. Une nouvelle ère pour le partenariat dans le domaine de la pêche ?

Une nouvelle stratégie de l’UE en matière de pêche extérieure pourrait conduire à une prise en compte accrue des enjeux de durabilité, de transparence et de participation locale dans la conduite de la politique de pêche extérieure européenne.

Une telle stratégie ne créerait toutefois pas, en elle-même, de droits exécutoires pour les pêcheurs artisans africains. Elle ne suffirait pas non plus à corriger les déséquilibres structurels qui continuent de caractériser les négociations sur la pêche, dans un contexte où de nombreux États côtiers africains demeurent confrontés à des contraintes financières et institutionnelles importantes. Elle ne résoudrait pas davantage les tensions persistantes entre l’accès des flottes européennes aux ressources halieutiques et l’accès des communautés locales africaines à ces mêmes ressources. De même, elle ne permettrait pas, à elle seule, de dépasser les contradictions entre la demande européenne en produits de la mer — notamment en matières premières destinées aux industries de transformation — et les ambitions africaines en matière de création de valeur ajoutée locale.

Le risque est dès lors de voir émerger deux dynamiques parallèles. Sur le plan interne, l’UE pourrait adapter les règles de la PCP afin d’offrir à son secteur halieutique davantage de flexibilité, un soutien renforcé à la modernisation et une plus grande résilience économique, avec pour conséquence possible une augmentation indirecte de l’efficacité de pêche. Sur le plan externe, l’Union pourrait parallèlement promouvoir une « nouvelle génération » d’APPD présentés comme plus durables et davantage fondés sur le partenariat, sans pour autant mettre en place des garanties suffisamment robustes pour éviter une pression accrue sur les ressources halieutiques des pays partenaires.

Si l’UE accorde davantage de flexibilité et de soutien à ses flottes, des mécanismes de responsabilité externe plus solides pourraient également s’avérer nécessaires. Toute future stratégie de pêche devrait inclure des garanties contre la surcapacité, des évaluations transparentes de l’effort de pêche cumulé, une participation accrue des communautés côtières et la reconnaissance des priorités des pays partenaires en matière de sécurité alimentaire.

De la même manière, si l’UE souhaite promouvoir une nouvelle génération d’APPD, ces accords pourraient être de plus en plus évalués non seulement à l’aune des compensations financières qu’ils procurent, mais aussi de leur capacité à soutenir la création de valeur locale, la transparence, la résilience des écosystèmes marins et la viabilité à long terme de la pêche artisanale.

Pour les communautés de pêche artisanale africaines, le véritable test sera donc de savoir si les futurs partenariats de pêche conclus avec l’UE contribueront effectivement à protéger les zones de pêche artisanale, les activités de transformation menées par les femmes et les moyens de subsistance des populations côtières, ou s’ils serviront avant tout à garantir un accès durable aux ressources pour les flottes européennes sous couvert d’un vocabulaire politique renouvelé.




Photo de l’entête : un pêcheur débarque le poisson de son bateau, au port artisanal de Joal, Sénégal. Par Mediaprod