COFI 37 Déclaration commune: « La FAO et ses membres doivent s'attaquer aux effets destructeurs de l'aquaculture industrielle en parc d'engraissement »

Déclaration commune

À l'occasion de la 37e session du comité des pêches de la FAO, plus de 21 organisations de la société civile et organisations de pêcheurs artisans, signataires de la déclaration, demandent à la FAO et à ses membres d'adopter des « systèmes alimentaires bleus » conformes à l'approche écosystémique et aux principes d'équité sociale, et d’éliminer progressivement l’utilisation de la farine et de l’huile de poisson dans les aliments destinés à l’aquaculture.

Les membres de la FAO ne peuvent plus ignorer les impacts sociaux et environnementaux du modèle d’aquaculture industrielle en parcs d’engraissement.

Le dernier rapport sur l’état des pêches et de l’aquaculture dans le monde (SOFIA 2026) souligne le rôle croissant de l’aquaculture dans l’alimentation et la nutrition à l’échelle mondiale. Cependant, le terme « aquaculture » recouvre divers modèles de production, présentant toute une gamme de coûts et d’avantages sociaux et environnementaux. Certains modèles de production peuvent être relativement respectueux de l’environnement lorsqu’ils sont pratiqués à une échelle appropriée, comme la pisciculture à petite échelle, non intensive, familiale ou communautaire, ainsi que la culture extensive d’algues, de moules, de palourdes et d’huîtres, tandis que d’autres – notamment l’aquaculture industrielle intensive en parcs d’engraissement – ont des répercussions environnementales et sociales considérables sur les écosystèmes côtiers et les communautés qui en dépendent pour leur subsistance partout dans le monde.

Nous saluons le soutien apporté par la FAO ainsi que l’assistance technique qu’elle fournit pour développer l’aquaculture « en mettant l’accent sur les petits producteurs, les femmes, les jeunes et les personnes en situation de vulnérabilité ». L’aquaculture à petite échelle représente en effet une opportunité majeure pour les femmes et les jeunes, qui doivent être au cœur des politiques de développement.

Néanmoins, les modèles industriels intensifs exercent une pression croissante sur les écosystèmes et les communautés. Les membres de la FAO ne peuvent plus ignorer les impacts sociaux et environnementaux du modèle d’aquaculture industrielle en parcs d’engraissement.

Le rapport SOFIA souligne les progrès réalisés en matière de production aquacole, mais accorde peu d’attention aux impacts sociaux et écologiques des différents modèles d’aquaculture.

Partout dans le monde, le modèle industriel d’aquaculture en parcs d’engraissement supplante la pêche côtière à petite échelle, entrant en concurrence avec elle pour l’espace terrestre et les eaux traditionnellement utilisées pour la navigation et la pêche. L’acquisition et la privatisation des biens communs côtiers, ainsi que la dégradation environnementale et la pollution des zones de pêche dues aux déchets d’élevage, menacent les moyens de subsistance des petits pêcheurs.

Les impacts environnementaux de ce modèle de production ont été largement documentés. Ils comprennent l’eutrophisation, qui entraîne une recrudescence des proliférations d’algues nuisibles ; l’accumulation de matière organique autour des fermes, qui a un impact négatif sur les herbiers marins et d’autres habitats essentiels ; un risque accru d’épidémies ainsi que d’infestations par des agents pathogènes et des ravageurs nuisibles affectant les populations de poissons sauvages, en raison des échappées massives de poissons d’élevage dans la nature et des mortalités massives de poissons ; et la pollution de l’eau due à l’utilisation de produits chimiques nocifs (notamment des pesticides, des substances cancérigènes et des antibiotiques), créant des zones mortes sur les fonds marins sous les fermes et présentant des risques pour la santé humaine.

Si SOFIA fait état d’une baisse mondiale du volume de poissons entiers destinés à des usages non alimentaires, cette tendance globale masque la demande toujours importante de poissons sauvages de la part de l’aquaculture. Nous sommes également préoccupés par le fait que le rapport SOFIA néglige les inégalités structurelles. Le modèle d’aquaculture industrielle intensive en bassins prive les communautés locales de poissons et de moyens de subsistance, en particulier dans les pays à faibles revenus, afin de nourrir les poissons élevés dans ces parcs d’engraissement destinés à la consommation des nations plus riches.

L’aquaculture en Europe et en Asie est particulièrement gourmande en aliments pour poissons provenant d’Afrique de l’Ouest. Plus d’un demi-million de tonnes de poissons pélagiques, qui pourraient nourrir plus de 33 millions de personnes en Afrique de l’Ouest, sont au contraire prélevées dans l’océan et transformées en farine et en huile de poisson, destinées à nourrir les poissons d’élevage et le bétail. De nouvelles recherches montrent que si la réalisation de l’objectif de croissance de 75 % fixé par la FAO pour l’aquaculture se concentre sur des espèces à forte consommation d’aliments, l’aquaculture pourrait nécessiter l’équivalent de près de la moitié des captures sauvages annuelles mondiales d’ici 2040. Ce modèle d’aquaculture porte directement atteinte au droit à l’alimentation de millions de personnes, comme l’ont clairement souligné les rapporteurs spéciaux des Nations unies, notamment M. Fakhri sur le droit à l’alimentation, et Mme Puentes Riaño sur le droit à un environnement propre, sain et durable. La FAO devrait plutôt se concentrer à promouvoir les chaînes de valeur locales et régionales qui sont vitales pour les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire – ces chaînes de valeur qui donnent la priorité à la consommation humaine (voir article 11.1.9 du Code de conduite pour une pêche responsable).

La stratégie actuelle de la FAO en matière d’aquaculture ne répond pas aux défis sociaux et environnementaux posés par ce secteur. Un soutien sans distinction à toutes les formes d’aquaculture n’est ni cohérent ni compatible avec les objectifs politiques de la FAO visant à mettre en place des systèmes alimentaires durables, productifs, résilients et équitables. La « Transformation bleue » devrait plutôt renforcer les systèmes alimentaires locaux.

Nous appelons la FAO et ses membres à :

  1. Adopter une approche cohérente de la gouvernance des systèmes durables d’« aliments bleus », qui s’aligne sur une approche fondée sur les écosystèmes et l’équité sociale ;

  2. Cesser d’encourager la production de masse de produits de la mer par le biais de l’aquaculture industrielle en parc d’engraissement ;

  3. Éliminer progressivement l’utilisation de la farine et de l’huile de poisson dans les aliments destinés à l’aquaculture, en commençant par les ingrédients dérivés de poissons sauvages entiers. Les poissons sauvages comestibles doivent être réservés en priorité à la consommation humaine directe et à la sécurité alimentaire locale et régionale, plutôt que d’être réduits à servir d’aliments pour animaux ;

  4. Placer au cœur des politiques alimentaires l’aquaculture à petite échelle et à faible impact, les hommes et femmes pêcheurs et travailleurs du secteur de la pêche, ainsi que les petits producteurs, transformatrices et mareyeurs.

 

Signataires :

Photo de l’entête: Une ferme piscicole en Chalcidique, en Grèce, photo de Valeri Penchev/Unsplash.