Faire de l’accord de pêche entre l'UE et la Mauritanie un outil au service du développement durable

Dans cette publication, l’autrice souligne que l’accord de partenariat pour une pêche durable (APPD) entre l’Union européenne et la Mauritanie constitue une opportunité de concrétiser la « nouvelle génération » d’accords annoncée par la Commission européenne, en mettant l’accent sur un partage équitable des bénéfices, le développement local et le bien-être des communautés côtières qui dépendent de la pêche.

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Souvent présenté comme un accord de référence, l’Accord de partenariat pour une pêche durable (APPD) entre la Mauritanie l’Union Européenne (UE) sera en négociation à partir du début 2026.

Cet accord, qui encadre l’accès des flottes européennes à une multitude de ressources –thon, crustacés, espèces démersales et petits pélagiques – est le plus grand des accords de l’UE avec un pays tiers.

En Mauritanie, le secteur de pêche artisanale est particulièrement dynamique, procurant 47067 emplois directs et 141 201 emplois indirects, soit plus de 65 % du total des emplois créés par la pêche maritime dans le pays. La pêche artisanale est responsable de plus du tiers des débarquements, allant du poulpe – espèce de haute valeur commerciale destinée à l’exportation – aux petits pélagiques essentiels pour la consommation locale.

Alors que la Commission européenne vient d’adopter ses recommandations en vue des négociations pour le renouvellement du protocole d’APPD, plusieurs éléments-clés devraient être pris en compte dans le cadre des négociations pour renforcer l’ambition de cet instrument, bâtir un partenariat exemplaire entre l’UE et la Mauritanie, qui respecte les écosystèmes marins et répond aux besoins des communautés qui vivent de la pêche.

1. Priorité d’accès aux ressources : ce que la pêche artisanale peut exploiter durablement doit lui être réservé

L’avenir de la pêche artisanale en Mauritanie dépend avant tout d’un accès garanti et suffisant à des ressources halieutiques en bonne santé. La responsabilité d’organiser l’allocation de ces ressources dans les eaux mauritaniennes revient naturellement aux autorités nationales. Toutefois, dans le cadre des négociations de l’APPD, l’UE doit veiller à limiter ses demandes d’accès aux ressources (espèces cibles, espèces accessoires) et zones de pêche qui ne sont pas exploitées par la pêche artisanale.

A) LE POULPE : UNE RESSOURCE VITALE POUR LA PÊCHE ARTISANALE, AUJOURD’HUI FRAGILISÉE

Le poulpe est le pilier de la pêche artisanale mauritanienne. La pêcherie est aujourd’hui gérée par un Total Admissible de Captures (TAC) annuel réparti par quotas entre trois segments: artisanal, côtier et industriel. La pêche artisanale reçoit un quota collectif non individualisé, alors que dans la pêche côtière et industrielle, les quotas sont attribués par navire. Le secteur artisanal – pourtant principal pourvoyeur d’emplois locaux – estime que l’allocation actuelle du TAC privilégie la pêche industrielle, et que la part qui leur est attribuée est insuffisante, ce qui expliquerait le dépassement récurrent de leur quota collectif.

Les pêcheurs artisans s’opposent fermement aux quotas individuels transférables (QIT), qu’ils perçoivent comme une privatisation de la ressource au profit d’un petit nombre d’opérateurs industriels et financiers. Le système en place dans la pêche industrielle aurait déjà favorisé l’arrivée massive de navires étrangers, notamment chinois, exerçant une pression accrue sur le stock. Par ce système, l’accord de 25 ans signé en 2010 avec le groupe chinois Poly Hondone, incluant un accès pour le poulpe, a permis à la flotte chinoise de remplacer progressivement la flotte européenne dans cette pêcherie.

Selon l’IMROP (2025), le stock de poulpe traverse une phase biologique critique : des captures trop élevées, notamment de juvéniles, menacent son renouvellement. Le rapport SeaBOS 2025 estime également que le stock est probablement surexploité, malgré un manque de données complètes. Les fermetures saisonnières contribuent à la reconstitution du stock, mais leur efficacité reste limitée face à une pression de pêche trop forte dès que la pêcherie est réouverte.

L’avenir de la pêche mauritanienne repose sur les petites espèces pélagiques destinées à la consommation humaine, le renforcement des infrastructures, la modernisation des flottes artisanales et l’autonomisation des jeunes. Des investissements stratégiques issus des partenariats internationaux peuvent garantir sécurité alimentaire, emplois et protéines de qualité en Mauritanie. Photo: des pêcheurs débarquent du poisson à Nouakchott, Mauritanie, par Valerian Guillot.

En résumé, la pêcherie de poulpe est socialement et économiquement vitale, mais biologiquement fragile; sa durabilité exige un meilleur suivi scientifique et une réduction de l’effort global, en priorité dans la pêche industrielle étrangère qui utilise des engins peu sélectifs, responsables d’une grande partie des captures de juvéniles.

Les pêcheurs artisans demandent qu’une stratégie nationale pour l’exploitation du poulpe redonne toute sa place à la pêche artisanale, dont les pratiques sont les plus sélectives et qui est le secteur qui crée le plus d’emplois. Pour eux, le poulpe ne devrait plus figurer dans l’accord de pêche avec l’UE, même avec un accès zéro comme c’est le cas actuellement.

À travers l’appui sectoriel, l’accord devrait plutôt contribuer à une gestion durable de cette ressource permettant sa récupération, d’une manière qui garantisse à la pêche artisanale un accès prioritaire et suffisant, condition essentielle à la préservation de ses activités et de ses bénéfices socio-économiques.

B) CHALUTAGE ET ÉCOSYSTÈMES VULNÉRABLES : PROTÉGER SANS COMPROMIS LA BIODIVERSITÉ MAURITANIENNE

Les pêcheurs mauritaniens rapportent que les chalutiers crevettiers de l’UE opèrent trop près du Banc d’Arguin et, d’autre part, que leurs opérations génèrent des niveaux de prises accessoires incompatibles avec les engagements de durabilité.

Le respect strict des périodes de fermeture de la pêche aux crustacés, actuellement de deux fois trois mois par an, doit être appliqué directement à toutes les flottes, y compris européennes, même si des périodes aussi longues n’étaient pas prévues dans le protocole d’accord. Si des mesures sont prises par les autorités pour allonger une période de fermeture, c’est pour des raisons liées à l’état de la ressource, et, dans un souci de durabilité, il est évident qu’elles doivent s’appliquer à tous, Dans le protocole en cours, certaines flottes européennes ont pu continuer à pêcher suivant les termes du protocole, alors que les flottes locales devaient s’arrêter, ce qui a provoqué un sentiment d’injustice chez les pêcheurs.

À cela s’ajoute la question cruciale de la protection des écosystèmes profonds et des aires marines vulnérables, notamment la barrière de coraux d’eau froide. Le secteur de la pêche artisanale demande que les recommandations adoptées lors des derniers comités scientifiques conjoints (2024 et 2025) soient mises en œuvre, notamment en ce qui concerne la protection de manière stricte des cinq zones d’intérêt biologique (ZIB) les plus importantes de la chaîne corallienne. Ces cinq ZIB ne représentent que 0,72 % de toute la zone économique exclusive mauritanienne (ZEE), mais sont absolument essentielles au maintien de sa biodiversité. Pour les pêcheurs, ces zones doivent devenir des aires marines protégées, excluant toute activité de pêche utilisant des engins de fond.

Les données scientifiques relatives à ces habitats – en particulier la cartographie détaillée des récifs – devraient être rendues publiques, afin de permettre une gestion transparente et souveraine de ces zones. L’APPD entre l’UE et la Mauritanie devrait reconnaître explicitement ces zones protégées et contribuer à leur mise en œuvre effective, y compris par le suivi et la prévention des dommages causés par les chaluts de fond et les panaches sédimentaires.

C) PETITS PÉLAGIQUES : NOURRIR LES POPULATIONS AVANT L’INDUSTRIE DE LA FARINE

L’avenir de la pêche artisanale mauritanienne passe aussi par un véritable développement des pêcheries artisanales ciblant les petits pélagiques destinés à la consommation humaine. Cette évolution est décisive : elle permettrait non seulement d’améliorer l’accès des populations à des protéines de qualité, mais aussi de réduire la pression qui pèse aujourd’hui sur les stocks démersaux, en particulier le poulpe.

« Un appui sectoriel efficace exige une planification transparente et l’implication active de la pêche artisanale à chaque étape. La création d’un mécanisme consultatif permanent renforcerait la responsabilité, la légitimité démocratique et garantirait que la gouvernance des APPD réponde réellement aux besoins des communautés de pêche artisanale. »

Des progrès ont déjà été accomplis. Le ministère des pêches a engagé des efforts pour réduire la taille de la flotte approvisionnant les usines de farine et d’huile de poisson. Cette réorientation doit désormais être consolidée : les petits pélagiques doivent prioritairement être destinés à l’alimentation humaine. La pêche artisanale, par sa proximité avec les marchés locaux et sa capacité à fournir des produits frais ou transformés à bas coût, est au cœur de cette transition.

Pour que cet objectif – déjà affirmé par les autorités – devienne une réalité, il est indispensable de renforcer les maillons clés de la chaîne de valeur de la pêche artisanale. Cela implique des infrastructures de débarquement adaptées, des équipements de conservation performants (glacières, chambres froides solaires, etc.), ainsi que des circuits de distribution efficaces. Investir dans ces infrastructures s’inscrit pleinement dans la stratégie nationale visant à réduire progressivement la part des pélagiques orientée vers la farine de poisson.

Le développement sûr et productif de cette pêcherie suppose également une modernisation de la flotte artisanale, notamment par l’équipement de bateaux pontés améliorant la sécurité en mer. Mais le renforcement du secteur ne peut se limiter à la capture : il doit aller de pair avec des investissements dans la formation des jeunes et la création d’emplois décents dans toute la chaîne de valeur.

Les choix effectués dans ce domaine dans le cadre de la coopération internationale interpellent. Ainsi, l’École maritime a mobilisé des fonds européens pour construire une nouvelle conserverie, alors que des dizaines d’usines existantes auraient permis de former bien davantage de jeunes Mauritaniens à moindre coût. Une telle politique génèrerait des opportunités pour les jeunes dans la transformation, la commercialisation, le transport ou le stockage.

Un nouveau protocole d’accord de partenariat de pêche entre l’UE et la Mauritanie devrait contribuer directement à cette dynamique. Lier une part du financement de l’APPD à des investissements dans la transformation pour la consommation humaine, infrastructures, accès au marché, capacités de stockage, permettrait d’améliorer durablement la disponibilité, la qualité et la stabilité de l’alimentation dans les zones côtières et au-delà.

Enfin, l’enjeu dépasse largement le cadre national. La Mauritanie joue un rôle central dans l’approvisionnement alimentaire régional, notamment pour des pays enclavés comme le Mali, où les produits transformés mauritaniens représentent une source essentielle et régulière de protéines. En améliorant la qualité et le volume de cette production, l’APPD peut ainsi contribuer non seulement à la sécurité alimentaire mauritanienne, mais aussi à la stabilité alimentaire de toute la sous-région.

2. Construire une gestion régionale et participative des petits pélagiques

Il est important de remarquer que les petits pélagiques sont des ressources migratoires qui traversent les eaux de plusieurs États de la sous-région ; une gestion strictement nationale ne permet plus de répondre aux enjeux de durabilité, de sécurité alimentaire et d’équité entre les pays riverains. Dans le cadre du futur protocole de l’APPD UE-Mauritanie, il est essentiel que les conditions d’accès aux petits pélagiques s’inscrivent pleinement dans une approche régionale, participative et fondée sur la science.

SUPER-CHALUTIERS PÉLAGIQUES, DURABILITÉ DES RESSOURCES ET SÉCURITÉ ALIMENTAIRE

La présence de très grands navires industriels ciblant les petits pélagiques, tels que le Margiris – 143 mètres de long – illustre les enjeux de cohérence auxquels le futur protocole APPD UE-Mauritanie devra répondre. Il est clair que les opérations de ce bateau s’inscrivent dans un cadre juridique autorisé, comme l’a rappelé par le passé l’UE. Cependant, une telle capacité de pêche déployée par ce type de navire interroge sur la compatibilité entre l’accès accordé aux flottes industrielles et les objectifs stratégiques affichés de durabilité, de sécurité alimentaire et de développement local, au cœur de la « nouvelle génération » d’APPD.

Les débats suscités par un bateau comme le Margiris s’appuient sur des précédents internationaux documentés. En Australie, l’arrivée du Margiris en 2012 (alors nommé Abel Tasman) a conduit le gouvernement australien à suspendre son activité face aux risques perçus pour les stocks de petits pélagiques et l’écosystème marin.

En février 2022, un incident impliquant le même navire dans le golfe de Gascogne, marqué par le rejet accidentel de plus de 100 000 poissons morts, a donné lieu à l’ouverture d’une enquête administrative en France et à des demandes d’éclaircissements au niveau européen. A ce jour, seule la version de l’armateur est connue car aucun rapport sur les conclusions de l’enquête n’a été rendu public

Dans le contexte mauritanien, où les petits pélagiques montrent de plus en plus des signes de surexploitation, et où les scientifiques prônent une diminution importante de l’effort de pêche dans toute la région, ces faits documentés plaident pour une approche de précaution dans la fixation des possibilités de pêche aux petits pélagiques dans le futur protocole. À défaut, le risque demeure que l’octroi de possibilités de pêche à des super chalutiers comme le Margiris, bien que juridiquement conformes, soient perçues comme en décalage avec les objectifs de durabilité et de promotion de la sécurité alimentaire à long terme affichés par l’UE et la Mauritanie.

Photo du Margiris, de Wim.

Les États côtiers, réunis au sein de la CSRP et d’autres cadres régionaux tels que la COMHAFAT et la COPACE/FAO, se sont engagés dans un effort de coordination visant à harmoniser les conditions d’accès aux petits pélagiques et à mieux encadrer leur exploitation. Les organisations professionnelles, dont la CAOPA, jouent un rôle moteur dans cette dynamique, en promouvant une gestion participative et proche des réalités des communautés.

Dans ce contexte, l’APPD UE-Mauritanie devrait devenir un levier pour renforcer cette gouvernance régionale. En alignant les conditions d’accès avec celles des autres pays de la sous-région, l’UE contribuerait à garantir la cohérence des politiques et à éviter la concurrence entre États qui affaiblit la capacité collective à protéger ces stocks stratégiques. Cette harmonisation est d’autant plus urgente que la majorité des stocks de petits pélagiques d’Afrique de l’Ouest sont aujourd’hui surexploités, alors même qu’ils constituent une source essentielle et abordable de protéines pour des millions de personnes.

Nous avons rappelé à plusieurs reprises que l’absence d’Organisation régionale de gestion des pêches (ORGP) couvrant ces ressources crée un vide institutionnel préoccupant. Dans l’attente de sa mise en place, l’UE peut déjà renforcer sa coopération avec les cadres existants et soutenir les initiatives régionales de suivi scientifique, comme celles menées dans le cadre du projet FAO/Nansen. Un tel appui permettrait de progresser vers des plafonds de captures fixés sur la base d’avis scientifiques, condition indispensable pour restaurer les stocks et prévenir une aggravation de la crise alimentaire dans la région.

Cette approche doit aller de pair avec une gouvernance réellement participative. Le soutien à des commissions mixtes associant pêcheurs, mareyeurs, femmes transformatrices et administrations, telles que recommandées lors de la rencontre CAOPA-CSRP, constitue un moyen concret d’impliquer les communautés dans la gestion, de renforcer la transparence et d’améliorer la résilience locale.

Un cadre pilote de gestion régionale, participatif, transparent et fondé sur la science pourrait ainsi être expérimenté pour les petits pélagiques d’Afrique de l’Ouest, et soutenu par l’UE. En soutenant cette orientation, l’UE contribuerait à consolider une gouvernance commune des stocks partagés, au service des populations qui en dépendent.

3. Un appui sectoriel orienté vers la pêche artisanale

A) RÉPONDRE AUX BESOINS DE LA PÊCHE ARTISANALE, NOTAMMENT À CEUS DES FEMMES TRANSFORMATRICES

Une des critiques souvent soulevées face aux accords de pêche UE est le manque de bénéfices locaux qu’ils apportent. Le Commissaire Costas Kadis chargé de pêche et océans a été mandaté de développer une « nouvelle génération » d’accords, une communication de la DG MARE étant prévue pour la fin de l’année. Le prochain protocole de l’APPD UE-Mauritanie est une opportunité de répondre réellement aux besoins du pays et des communautés côtières.

« Pour que l’APPD entre l’UE et la Mauritanie devienne un véritable partenariat de développement, il doit apporter des avantages concrets au niveau local, en plaçant les femmes transformatrices de poisson au cœur de l’appui sectoriel. Les investissements dans les espaces de stockages réfrigérés permettrait notamment de réduire les pertes post-capture et renforcerait la pêche artisanale. » »

Pour cela, étant donné son importance et son dynamisme, l’appui sectoriel doit être pensé avant tout comme un instrument de développement de la pêche artisanale. Une part clairement définie de cet appui – par exemple 30 % – devrait être réservée à des investissements concrets dans les infrastructures et services dont dépendent les pêcheurs artisans. Une telle orientation est pleinement cohérente avec les engagements de l’UE en matière de réduction des inégalités et de soutien aux petits producteurs, tel qu’on le voit dans le Pacte européen des océans. Elle correspond aussi aux priorités exprimées de longue date par les organisations professionnelles mauritaniennes.

Outre les points soulignés plus haut, tels que le manque d’infrastructures et de formation pour prioriser l’alimentation humaine face à la production de farine, les besoins sont particulièrement urgents pour les femmes transformatrices. À Nouakchott comme à Nouadhibou, beaucoup travaillent encore dans des conditions d’hygiène précaires, subissent des pertes post-captures importantes car ne disposant pas d’installations frigorifiques adaptées. Orienter l’appui sectoriel vers ces besoins permettrait de moderniser une chaîne de valeur où les femmes jouent un rôle central, tout en favorisant la création d’emplois locaux décents et l’insertion économique des jeunes. Ces investissements renforceraient la légitimité même de l’accord, perçu non plus seulement comme un mécanisme d’accès aux ressources, mais comme un véritable partenariat de développement.

B) METTRE LA PÊCHE ARTISANALE AU CŒUR DE LA GOUVERNANCE

L’efficacité de l’appui sectoriel dépend directement de la façon dont il est programmé, exécuté et évalué. Encore faut-il que les priorités soient fixées et suivies de manière transparente. Les informations relatives aux projets financés, montants engagés, calendriers de décaissement, bénéficiaires finaux, résultats attendus et obtenus, doivent être rendues publiques et facilement accessibles, conformément aux bonnes pratiques internationales et faisant suite aux recommandations du Conseil consultatif de pêche lointaine (LDAC) pour la « nouvelle génération » d’APPD.

Mais la transparence ne suffit pas à elle seule. Elle devrait nourrir une participation réelle et éclairée des organisations professionnelles, et en particulier celles de la pêche artisanale. Cette participation doit être garantie à chaque étape : définition des priorités, préparation des plans de travail annuels, suivi de la mise en œuvre et évaluation des impacts. Cette participation ne doit pas être symbolique, mais s’appuyer sur des mécanismes formalisés permettant aux communautés de disposer d’un véritable droit de regard et d’alerte.

L’accord d’APPD entre l’UE et la Mauritanie peut promouvoir une gestion régionale et participative des petits pélagiques, impliquant pêcheurs, transformatrices et communautés locales. En harmonisant l’accès et en s’appuyant sur des données scientifiques, il assure la durabilité des stocks, une utilisation équitable et une sécurité alimentaire renforcée en Afrique de l’Ouest. Photo : des pirogues artisaanales à Nouakchott, Mauritanie, par Pirobet.

Les hommes et les femmes de la pêche artisanale mauritanienne demandent la mise en place d’un mécanisme consultatif permanent rassemblant des représentants des pêcheurs, des femmes transformatrices, des mareyeurs, ainsi que des acteurs locaux de la gestion et de la recherche. Cet espace de dialogue structuré pourrait prendre la forme d’un Conseil consultatif national chargé de suivre l’utilisation de l’appui sectoriel, d’évaluer la mise en œuvre de l’accord et d’émettre des avis sur les orientations stratégiques. La Mauritanie dispose déjà d’instances pertinentes, comme le comité de dialogue social ou le comité de gestion de la pêche artisanale, qui pourraient constituer la base institutionnelle de ce dispositif.

Un tel mécanisme répondrait à plusieurs objectifs essentiels : il donnerait aux représentants de la pêche artisanale un rôle clair dans la gouvernance du secteur ; il offrirait à l’UE une garantie supplémentaire quant à la bonne utilisation des fonds ; et il renforcerait la légitimité démocratique de l’accord grâce à un suivi inclusif et continu.

En plaçant la participation des communautés au cœur de la gouvernance de l’APPD, l’accord ferait un pas décisif vers une gestion plus transparente, plus efficace et véritablement tournée vers les besoins de celles et ceux qui vivent de la mer.

Conclusion

La pêche artisanale mauritanienne constitue l’un des principaux moteurs d’emplois, de stabilité sociale et de sécurité alimentaire du pays. Les négociations du prochain protocole de l’APPD UE-Mauritanie représentent une occasion décisive de bâtir un partenariat réellement orienté vers le développement durable. Garantir un accès prioritaire et durable aux ressources à la pêche artisanale, en particulier au poulpe et aux petits pélagiques ; protéger les écosystèmes vulnérables, et orienter l’appui sectoriel vers les besoins concrets des communautés côtières sont autant de conditions pour que l’accord réponde réellement à l’intérêt général.

Au-delà du cadre national, l’APPD peut également soutenir une gestion régionale concertée des petits pélagiques, fondée sur la science et la participation des professionnels, en cohérence avec les efforts conduits par la CSRP et la COMHAFAT.

Faire de l’APPD un instrument au service de la pêche artisanale, c’est investir dans la souveraineté alimentaire de la Mauritanie, la résilience de ses territoires et la protection de ses écosystèmes marins. C’est également donner tout son sens à la notion de partenariat entre l’UE et la Mauritanie: un partenariat fondé sur l’équité, la transparence et la durabilité, au bénéfice des communautés qui vivent de la mer.