Fièvre aurifère : la nouvelle zone de pêche artisanale du Ghana résistera-t-elle à l’exploration offshore ?

Le 28 septembre, un groupe d’ONG environnementales a signalé qu’une société dénommée GoldCoast Resource avait déclaré détenir 10 permis de prospection aurifère offshore couvrant 300 km du littoral ghanéen, empiétant ainsi sur la zone d’exclusion côtière (ZEC) du Ghana.

Les ONG ont adressé une pétition au président John Dramani Mahama afin qu’il réexamine ces activités de prospection offshore et veille à ce qu’elles ne compromettent pas l’accès des pêcheurs artisans aux eaux côtières ni leurs moyens de subsistance.

GoldCoast Resource Corporation, dont le siège est situé au Canada, est une société créée spécifiquement pour « l’exploration et l’exploitation aurifères en eaux peu profondes sur le plateau continental offshore du Ghana ». Sur son site web, elle présente cette zone de prospection comme « l’une des dernières frontières aurifères inexplorées au monde » et affirme avoir obtenu le droit exclusif d’y mener ses activités. Selon son site web, la société n’a, à ce jour, réalisé que la phase d’exploration par levé magnétique aérien. Toutefois, les parties prenantes opposées au projet se disent préoccupées par les phases suivantes, qui comprennent notamment des levés sismiques, bathymétriques et magnétométriques, ainsi que des prélèvements de sédiments.

Capture d'écran du siteweb de la GoldCoast Resource Corp. présentant la carte de la zone faisant l'objet d'une concession. Consulté le 7 octobre 2026.

Dans une cascade de réactions, la Commission des pêches a publié, le 29 septembre, une protestation officielle dans laquelle elle indique que « le programme de reconnaissance […] a été élaboré sans tenir suffisamment compte de l’environnement marin du Ghana, de ses ressources halieutiques, de ses activités de pêche et des moyens de subsistance des communautés de pêche ». Le lendemain, une lettre signée par des scientifiques anonymes a mis en garde contre d’« importantes conséquences environnementales, économiques, sociales et juridiques », notamment la perte de biodiversité benthique, la formation de panaches sédimentaires et la dégradation de la qualité de l’eau, les effets du bruit et des vibrations, le rejet de métaux toxiques ainsi que le déclin des pêcheries. Le 3 octobre, plusieurs organisations de pêche locale et de la société civile ont à leur tour réagi, craignant que « la reconnaissance ne conduise progressivement à […] une extraction commerciale d’or en mer ». Ils ont également rappelé au président que « ce même espace marin fait vivre des milliers de pêcheurs artisans et des communautés de pêche ».

Selon les médias locaux, le ministère des Terres et des Ressources naturelles a ordonné la suspension immédiate des activités de reconnaissance, en raison des préoccupations environnementales soulevées et de l’absence de consultation. De fait, les acteurs du secteur de l’environnement et de la pêche qui s’opposent à ces activités ont souligné l’absence de consultation des parties prenantes et réclament une forme d’évaluation des impacts environnementaux, sociaux et sur les droits humains : « Compte tenu des enjeux économiques, des moyens de subsistance, de la sécurité alimentaire et des services écosystémiques liés à la pêche artisanale, [les] coûts potentiels doivent être soigneusement mis en balance avec les […] bénéfices attendus de l’exploitation aurifère des fonds marins », souligne la lettre des scientifiques. Celle-ci évoque également de possibles violations des droits humains et réclame une « évaluation indépendante et exhaustive des droits humains ». Les associations de pêche artisanale demandent elles aussi une évaluation crédible et indépendante des impacts environnementaux et sociaux, qui « ne doit pas être traitée comme un exercice technique contrôlé uniquement par le promoteur du projet », mais constituer plutôt un « examen scientifique indépendant » associant les communautés de pêche artisanale  et donnant lieu à la publication de ses conclusions.

Dans leur lettre, les scientifiques alertent également sur le fait que « l’émergence de l’exploitation minière des fonds marins introduirait une nouvelle concurrence pour l’espace marin au sein de la zone économique exclusive du Ghana ». Cette concurrence pour l’espace marin est appelée à s’intensifier à mesure que le Ghana développera son économie bleue. Dans sa protestation officielle, la Commission des pêches rappelle ainsi qu’une activité « de cette ampleur ne peut être considérée à juste titre comme relevant uniquement du secteur minier. Elle recoupe nécessairement la gestion des pêches, les activités maritimes, la protection de l’environnement aquatique et les moyens de subsistance des communautés de pêche artisanale ».

Au cœur du débat se trouve donc la question plus large de la gouvernance des océans, notamment celle de l’aménagement de l’espace marin, une gouvernance qui exclut souvent la pêche artisanale. En août 2025, le Ghana a étendu sa ZEC de 6 à 12 milles marins afin de garantir « la durabilité, le respect des règles et l’amélioration des moyens de subsistance, en particulier pour la pêche artisanale », selon le communiqué officiel du ministère de la Pêche. Pourtant, un pas en avant peut parfois s’accompagner de deux pas en arrière : les ZEC sont rarement à l’abri d’un grignotage progressif. « Le Ghana a pris des mesures importantes pour étendre sa ZEC, reconstruire son secteur de la pêche et créer sa première aire marine protégée », affirme le communiqué des ONG environnementales, avant de souligner que « ces mêmes eaux côtières peu profondes ne devraient pas être soumises à une exploitation extractive potentiellement concurrente ». À cet égard, il est essentiel que les droits d’accès des  communautés de pêche artisanale et leur participation effective soient pleinement garantis dans les plans de développement de l’économie bleue ainsi que dans la planification spatiale marine qui en découle.

Photo de bannière : Pêcheurs en pirogue à Abuesi, dans l'ouest du Ghana. Photo de David Mills.